ACAtlas des Cryptides
Dossier Nº090 // Ouvert depuis XIXe siècleClasse 5

Wolpertinger

Alias: Wolperdinger · Rasselbock (cousin thuringeois) / Territoire: Allemagne

La chimère taxidermique de Bavière — lièvre à bois de chevreuil, ailes et crocs — fabriquée et assumée depuis le XIXe siècle.

Le wolpertinger est la chimère officielle de la Bavière : un lièvre naturalisé portant des bois de chevreuil, des ailes de canard ou de faisan, des crocs, parfois des pattes palmées — chaque taxidermiste composant sa propre recette. Suspendu dans les auberges et les relais de chasse bavarois, il fait partie du décor au même titre que les trophées authentiques qui l'entourent, et c'est précisément le ressort de la plaisanterie : un faux exposé au milieu des vrais, avec le même sérieux muséal.

La tradition remonte au XIXe siècle, quand les préparateurs bavarois se mirent à assembler ces montages pour les vendre aux visiteurs de passage, citadins et voyageurs à qui l'on contait, mine grave, les mœurs de la bête. Le folklore d'accompagnement est un petit chef-d'œuvre d'humour de terroir : le wolpertinger ne se montrerait qu'aux jolies jeunes femmes accompagnées du bon cavalier, et on le chasserait de nuit, à la pleine lune, muni d'une bougie, d'un bâton et d'un sac — c'est-à-dire qu'on envoyait le naïf attendre seul dans le froid, variante bavaroise d'une farce universelle que les Américains appellent la chasse au snipe. La créature a ses cousins dans tout l'espace germanique et au-delà : Rasselbock de Thuringe, Elwetritsch du Palatinat, skvader suédois — et le jackalope du Wyoming, son parent d'outre-Atlantique.

L'imagerie du lièvre cornu ne sort pourtant pas de nulle part : les traités naturalistes et cabinets de curiosités européens représentent dès la Renaissance un Lepus cornutus tenu un temps pour une espèce plausible. L'explication moderne est connue : des papillomavirus provoquent chez les lièvres et lapins de véritables excroissances kératinisées en forme de cornes. Des animaux malades bien réels ont donc pu ancrer l'image, que la taxidermie du XIXe siècle n'eut qu'à pousser jusqu'à la chimère complète.

Le wolpertinger n'a jamais relevé de la zoologie : c'est un artefact assumé, documenté comme fabrication depuis l'origine, et c'est en artefact qu'il est aujourd'hui conservé. Le Musée allemand de la chasse et de la pêche, à Munich, en expose une collection entière, présentée avec l'humour qui convient, et la créature reste un motif vivant du folklore commercial bavarois — chopes, enseignes et fêtes de village. Cas limpide pour l'archiviste : ici, le « spécimen » existe par milliers, et chacun sort d'un atelier.

+ Observations marquantes

  1. // Bavière

    Les taxidermistes bavarois assemblent des wolpertingers — lièvres à bois, ailes et crocs — vendus aux visiteurs avec un folklore d'accompagnement débité le plus sérieusement du monde. La tradition commerciale et farcesque est documentée comme telle dès cette époque.

  2. // Europe savante

    Les naturalistes représentent un « lièvre cornu » (Lepus cornutus) dans traités et cabinets de curiosités — imagerie aujourd'hui expliquée par les excroissances cornées d'origine virale observées chez de vrais lièvres, et qui prépare le terrain de la chimère bavaroise.

  3. // Munich, Allemagne

    Le Musée allemand de la chasse et de la pêche présente une collection permanente de wolpertingers naturalisés, assumés comme montages : la créature y est conservée comme patrimoine d'humour populaire, non comme spécimen zoologique.

+ Explications rationnelles avancées

  • Chimère taxidermique fabriquée et vendue comme farce depuis le XIXe siècle bavarois
  • Imagerie ancienne du lièvre cornu expliquée par les papillomavirus, qui causent de vraies excroissances
  • Farce initiatique de la « chasse au wolpertinger », équivalent bavarois de la chasse au snipe
  • Folklore commercial et touristique entretenu par auberges, brasseries et fêtes de village

Note de statut

Classe 5Canular ou méprise démontré

Classe 5 : fabrication documentée et assumée — chaque « spécimen » est un montage d'atelier identifiable, exposé comme tel jusque dans les musées.

+ Questions fréquentes

Le wolpertinger existe-t-il ?
Non : c'est une chimère de taxidermie assemblée par les préparateurs bavarois depuis le XIXe siècle, à partir de lièvres, de bois de chevreuil et d'ailes d'oiseaux. La farce est assumée depuis l'origine, et les « spécimens » s'admirent aujourd'hui au musée de la chasse de Munich.
Comment chasse-t-on le wolpertinger ?
Selon la farce traditionnelle, de nuit à la pleine lune, avec une bougie, un bâton et un sac — et la bête ne se montrerait qu'aux jolies jeunes femmes bien accompagnées. C'est une blague initiatique destinée aux crédules, cousine de la « chasse au snipe » américaine.
Le wolpertinger a-t-il un lien avec le jackalope ?
Oui, un lien de famille folklorique : tous deux descendent de l'imagerie européenne du lièvre cornu et reposent sur le même procédé de taxidermie humoristique. Les excroissances cornées que des virus provoquent chez de vrais lièvres ont vraisemblablement inspiré l'image de départ.

Sources