ACAtlas des Cryptides
Dossier Nº087 // Ouvert depuis 1910Classe 5

Hidebehind

Alias: Le Cache-derrière / Territoire: États-Unis, Canada

Le prédateur des camps de bûcherons qu'on ne voit jamais : toujours caché derrière quelque chose — invention folklorique documentée.

Le hidebehind — littéralement le « cache-derrière » — est le prédateur parfait du folklore forestier nord-américain : nul ne l'a jamais vu, et c'est précisément sa définition. Si vif qu'aucun regard ne peut le surprendre, il se dissimule toujours derrière quelque chose — un tronc, un rocher, ou le dos même de celui qui se retourne. Les conteurs précisent qu'il peut rentrer le ventre au point de tenir derrière l'arbre le plus mince. Sa proie favorite : le bûcheron isolé sur le chemin du soir, dont il ne laisserait que peu de chose, la légende lui prêtant un appétit exclusif pour les intestins.

La bête appartient au bestiaire des fearsome critters, ces créatures que les camps de bûcherons d'Amérique du Nord s'inventaient aux veillées, entre bizutage des nouveaux venus et concours d'absurde. Le hidebehind y occupe une fonction précise : donner un visage — ou plutôt une absence de visage — à la sensation d'être observé qui saisit quiconque marche seul en forêt profonde, et expliquer sur le mode plaisant les disparitions bien réelles que connaissaient ces camps, où accidents et animaux sauvages n'étaient pas des fictions. Sa parade attitrée en dit long sur l'esprit du genre : la créature aurait l'alcool en horreur, si bien qu'une bonne rasade constituait la seule protection connue — l'auto-justification la plus élégante jamais offerte à la flasque du bûcheron.

Son entrée dans l'écrit se fait en 1910, quand William T. Cox, forestier de profession, publie Fearsome Creatures of the Lumberwoods, petit catalogue à la gravité feinte des bêtes imaginaires des camps ; le naturaliste Henry H. Tryon reprendra et enrichira le corpus en 1939 dans Fearsome Critters. La créature connaîtra une postérité littéraire inattendue : Jorge Luis Borges l'accueille dans son Livre des êtres imaginaires, et elle resurgit aujourd'hui dans les jeux vidéo, les séries d'animation et l'univers de Fantastic Beasts — carrière remarquable pour un animal dont le signalement tient en une phrase : rien à signaler.

Il n'y a évidemment rien à réfuter : le hidebehind est invérifiable par construction, son invisibilité étant la blague elle-même — l'ancêtre forestier des créatures « toujours juste hors champ » de l'horreur moderne. Les folkloristes le lisent comme la mise en récit d'un vertige réel, celui de la lisière au crépuscule, et comme un document sur l'humour des métiers du bois : on conjure ce qui inquiète en lui donnant un nom et une chute.

+ Observations marquantes

  1. // Camps forestiers des Grands Lacs (publication)

    William T. Cox consigne le hidebehind dans Fearsome Creatures of the Lumberwoods, catalogue faussement sérieux du bestiaire des camps de bûcherons — l'acte de naissance écrit d'une créature qui circulait oralement aux veillées.

  2. // États-Unis (publication)

    Henry H. Tryon reprend la créature dans Fearsome Critters, second canon du genre, fixant ses traits : rapidité insurpassable, dissimulation perpétuelle et aversion pour l'alcool, seule protection reconnue au bûcheron.

  3. // Littérature mondiale

    Jorge Luis Borges fait entrer le hidebehind dans les éditions augmentées de son Livre des êtres imaginaires, faisant passer la blague de camp forestier au rang de classique du bestiaire fantastique universel.

+ Explications rationnelles avancées

  • Invention documentée du folklore des camps de bûcherons, publiée par Cox (1910) puis Tryon (1939)
  • Personnification de la sensation d'être observé en forêt profonde, universellement éprouvée
  • Explication plaisante des disparitions et accidents réels des camps, et des embuscades de prédateurs réels
  • Invisibilité par construction : le récit rend toute vérification impossible, c'est le ressort comique

Note de statut

Classe 5Canular ou méprise démontré

Classe 5 : folklore assumé, documenté comme invention dès sa première mise par écrit — personne n'a jamais présenté le hidebehind comme un animal réel à rechercher.

+ Questions fréquentes

Qu'est-ce que le hidebehind ?
Une créature du folklore humoristique des camps de bûcherons nord-américains, réputée si rapide qu'elle se cache toujours derrière quelque chose avant qu'on puisse la voir. Elle a été consignée en 1910 par William T. Cox dans son catalogue des fearsome critters.
Pourquoi dit-on que l'alcool protège du hidebehind ?
La légende veut que la créature ne supporte pas l'odeur d'alcool, faisant d'une rasade la seule défense connue. Les folkloristes y voient une blague d'auto-justification typique de l'humour des camps : la flasque devenait un équipement de sécurité.
Le hidebehind apparaît-il ailleurs que dans le folklore ?
Oui : Borges l'a inclus dans son Livre des êtres imaginaires, et on le retrouve dans des jeux, séries et dans l'univers de Fantastic Beasts. C'est l'un des fearsome critters qui a le mieux voyagé hors des camps forestiers.

Sources