Diable du Jersey
Alias: Jersey Devil · Diable de Leeds / Territoire: États-Unis
Créature ailée du folklore colonial des Pine Barrens, née d'une querelle de famille au XVIIIe siècle, « vue » en masse en 1909.
Les Pine Barrens, vaste forêt de pins et de sable qui couvre le sud du New Jersey, ont leur monstre attitré : un être à tête de cheval, ailes de chauve-souris, pattes terminées par des sabots et cri strident. La légende veut qu'en 1735, une certaine Mother Leeds, épuisée par douze grossesses, ait maudit son treizième enfant — « que ce soit le diable ! » — et que le nouveau-né, transformé sous les yeux de la sage-femme, se soit envolé par la cheminée pour hanter les pinèdes.
Les historiens du folklore racontent une autre naissance. La famille Leeds existait bel et bien : Daniel Leeds, colon quaker devenu almanachiste, s'attira au tournant du XVIIIe siècle les foudres de sa communauté pour ses écrits jugés hérétiques, et son fils Titan hérita de la querelle — jusqu'à devenir la cible des moqueries de Benjamin Franklin, almanachiste concurrent, qui le déclara mort par plaisanterie et le traita de fantôme. Le blason familial des Leeds arborait des créatures ailées proches des dragons héraldiques. De ce mélange de réputation sulfureuse, de satire et d'imagerie, le « diable de Leeds » semble être né, avant de devenir « diable du Jersey » au XIXe siècle.
L'épisode central du dossier est la semaine du 16 au 23 janvier 1909. Des centaines de personnes, de Camden à Philadelphie, signalent alors des cris nocturnes, une créature ailée aperçue sur les toits et surtout d'étranges empreintes de sabots dans la neige fraîche, courant sur les toits et franchissant les clôtures. Des écoles ferment, des ouvriers refusent de sortir de nuit, des battues s'organisent. La presse de Philadelphie, en pleine guerre des tirages, alimente la panique quotidienne ; un imprésario exhibe même contre monnaie un « diable capturé » — un kangourou peint affublé d'ailes postiches.
Aucune trace matérielle sérieuse n'a survécu à l'examen : les empreintes de 1909 relèvent d'animaux ordinaires, de la neige fondue-regelée et de farces documentées, et les observations ponctuelles qui continuent d'émailler les Pine Barrens s'expliquent par les grands-ducs, hérons et cerfs d'une forêt restée sauvage. Le Diable du Jersey n'en demeure pas moins un cas remarquable : une légende dont on peut suivre la généalogie documentaire sur trois siècles, du pamphlet colonial à l'équipe de hockey qui porte aujourd'hui son nom.
+ Observations marquantes
// Leeds Point, New Jersey
Selon la légende, le treizième enfant de Mother Leeds naît difforme ou se transforme à la naissance, puis s'échappe par la cheminée. Aucun document d'époque ne rapporte l'événement : le récit est une reconstruction folklorique postérieure.
// Vallée du Delaware, New Jersey et Pennsylvanie
Pendant une semaine, des centaines d'habitants signalent cris, silhouettes ailées et empreintes de sabots inexplicables dans la neige. Écoles fermées, battues, primes : c'est la plus grande panique cryptozoologique de l'histoire américaine.
// Philadelphie, Pennsylvanie
Un forain présente au public, contre paiement, le « diable capturé » : l'animal se révèle être un kangourou peint en vert muni d'ailes de bronze factices — canular avoué qui illustre le climat de l'époque.
// Gibbstown, New Jersey
Des adolescents affirment avoir vu un monstre hurlant près d'un club local ; la police conclut à une farce après la découverte d'une patte d'ours naturalisée utilisée pour fabriquer des empreintes. L'épisode relance brièvement la légende.
+ Explications rationnelles avancées
- Origine documentée dans la querelle entre la famille Leeds (almanachistes accusés d'hérésie) et la société quaker coloniale, satire de Benjamin Franklin comprise
- Vague de 1909 : hystérie collective attisée par la presse à sensation de Philadelphie, empreintes de renards, lapins ou volailles déformées par le regel de la neige
- Canulars avérés : kangourou grimé exhibé en 1909, fausses empreintes fabriquées à Gibbstown en 1951
- Observations modernes : grands-ducs d'Amérique, hérons, cerfs et renards des Pine Barrens vus ou entendus de nuit
Note de statut
Classe 2 : la vague de témoignages de 1909 est massive et bien documentée, mais aucune trace n'a résisté à l'examen — l'origine purement folklorique et satirique de la créature est, elle, retracée par les historiens.
+ Questions fréquentes
- Le Diable du Jersey a-t-il réellement existé ?
- Rien ne l'indique : la créature naît d'une légende coloniale liée à la famille Leeds et d'une querelle d'almanachs, pas d'une observation zoologique. Les paniques ultérieures, dont celle de 1909, reposent sur des empreintes ambiguës, des animaux ordinaires et des canulars démontrés.
- Que s'est-il passé en janvier 1909 ?
- Pendant une semaine, des centaines d'habitants du New Jersey et de Pennsylvanie ont cru voir ou entendre la créature, et des empreintes de sabots ont couru dans la neige jusque sur les toits. La presse a entretenu la panique, des écoles ont fermé, et un forain a exhibé un faux diable — un kangourou déguisé.
- Pourquoi la créature s'appelle-t-elle aussi « diable de Leeds » ?
- Parce que la légende vise la famille Leeds, almanachistes du New Jersey colonial en conflit avec leur communauté quaker ; leur blason portait des créatures ailées. Le « monstre de Leeds » est devenu « diable du Jersey » au fil du XIXe siècle, avant de donner son nom à l'équipe de hockey de l'État.