Almas
Alias: Almasty · Abnauayu / Territoire: Mongolie, Russie, Géorgie, Azerbaïdjan
L'homme sauvage du Caucase et de Mongolie : cinq siècles de récits, aucune preuve — et le cas Zana résolu par l'ADN en 2015.
L'almas — almasty dans le Caucase — est l'« homme sauvage » des steppes et des montagnes d'Asie centrale : un être velu de taille humaine, au front fuyant, décrit non comme un singe mais comme un humain primitif, sans langage articulé, sans feu ni outils. Le mot appartient au fonds culturel mongol, où l'almas peuple récits de bergers et toponymes de l'Altaï ; des figures très proches existent chez les peuples du Caucase — Kabardes, Balkars, Abkhazes — sous les noms d'almasty ou d'abnauayu. Ces traditions vivantes, où l'être sauvage sert aussi de figure morale et de mise en garde, précèdent de loin sa reprise cryptozoologique.
La plus ancienne mention écrite couramment citée remonte au XVe siècle : le voyageur bavarois Hans Schiltberger, captif emmené à travers l'Asie centrale, rapporte l'existence, dans les montagnes, d'hommes sauvages couverts de poils hors le visage et les mains. Au début du XXe siècle, des lettrés mongols et russes — dont Tsyben Jamtsarano — auraient collecté et cartographié des témoignages ; leurs archives, en partie perdues durant les purges soviétiques, restent mal accessibles et de seconde main.
C'est l'URSS qui donne au dossier sa tournure singulière. En 1958, l'Académie des sciences soviétique crée une éphémère « commission sur l'homme des neiges » et envoie une expédition dans le Pamir, sans résultat. L'historien Boris Porshnev défend alors l'hypothèse qui fera la notoriété de l'almas : il s'agirait de Néandertaliens relictuels. Dans le Caucase, la chirurgienne Marie-Jeanne Koffmann recueille sur des décennies des centaines de récits d'almasty. Ce corpus impressionne par son volume — mais il reste intégralement testimonial : ni os, ni photographie, ni poil concluant.
La pièce la plus célèbre s'est retournée contre le dossier. Zana, « femme sauvage » capturée au XIXe siècle et retenue dans le village abkhaze de Tkhina, où elle eut plusieurs enfants, passait pour une almasty possible. En 2015, les analyses génétiques conduites par Bryan Sykes sur ses descendants ont conclu à une humaine moderne, d'ascendance maternelle subsaharienne — vraisemblablement issue d'esclaves déportés à l'époque ottomane —, sans rien d'archaïque. L'hypothèse néandertalienne se heurte du reste à la génomique : Néandertal s'éteint il y a environ 40 000 ans et rien, dans les ADN anciens ou modernes de la région, ne suggère une survie tardive. Restent des ours, des ermites, des personnes marginalisées ou atteintes de troubles — et un folklore puissant qui n'a jamais eu besoin d'un spécimen.
+ Observations marquantes
// Montagnes d'Asie centrale
Le captif bavarois Hans Schiltberger rapporte dans sa relation de voyage l'existence d'hommes sauvages velus vivant dans les montagnes — première strate écrite couramment citée du dossier.
// Tkhina, Abkhazie
Une femme robuste et couverte de poils, capturée dans les collines et nommée Zana, vit et meurt au village après avoir eu plusieurs enfants. Longtemps citée comme almasty possible, elle sera identifiée par l'ADN comme humaine moderne en 2015.
// Pamir, URSS
L'Académie des sciences soviétique crée une commission sur l'« homme des neiges » et envoie une expédition dans le Pamir. Aucune trace probante n'est rapportée et la commission est dissoute.
// Caucase du Nord
Marie-Jeanne Koffmann collecte des centaines de témoignages d'almasty auprès des populations kabardes et balkares — un corpus volumineux, mais sans aucune pièce matérielle.
+ Explications rationnelles avancées
- Ours bruns, notamment dressés ou entrevus de nuit, dans tout l'arc Caucase-Altaï
- Personnes réelles : ermites, individus marginalisés, atteints d'hypertrichose ou de handicaps, vivant à l'écart
- Cas Zana résolu : une femme humaine d'ascendance africaine, non une survivante archaïque
- Hypothèse du Néandertalien relictuel sans aucun support fossile ou génétique après 40 000 ans
- Fonction folklorique de l'homme sauvage : figure morale et de mise en garde, indépendante de toute zoologie
Note de statut
Classe 2 : un corpus testimonial massif et ancien, mais aucune trace matérielle — et la seule pièce quasi physique du dossier, la lignée de Zana, a été résolue par la génétique en 2015 comme pleinement humaine.
+ Questions fréquentes
- L'almas existe-t-il ?
- Rien de matériel ne l'appuie : cinq siècles de récits, des centaines de témoignages collectés au Caucase, mais ni os, ni photographie, ni ADN. Les ours, les ermites et la force propre du folklore de l'homme sauvage expliquent le corpus sans reste.
- Qui était Zana ?
- Une femme capturée au XIXe siècle dans les collines d'Abkhazie et retenue au village de Tkhina, où elle eut plusieurs enfants. Présentée comme une possible almasty, elle a été identifiée en 2015, par l'analyse génétique de ses descendants, comme une humaine moderne d'ascendance subsaharienne — probablement issue d'esclaves de l'époque ottomane.
- L'almas pourrait-il être un Néandertalien survivant ?
- C'est l'hypothèse popularisée par Boris Porshnev dans les années 1950-1960, mais elle n'a aucun support : Néandertal disparaît il y a environ 40 000 ans, et ni fossiles récents ni génomes régionaux n'indiquent une survie tardive. Les récits d'almas relèvent du folklore et de méprises, pas de la paléoanthropologie.